une fille et la toile

{Farewell}

farewell

Dimanche après-midi.

J’ai choisi ma robe la plus colorée, peint mes ongles en rose et mis du rouge à mes lèvres.

Cette après-midi en votre compagnie, je veux qu’elle ressemble à celles que nous passions il y a quelques années, à parler de livres avec votre nièce, en buvant des litres de thé dans vos tasses en porcelaine, dans votre si grand salon de Westmount. D’ailleurs, la première heure, en faisant abstraction de vos joues creusées, de votre tête si nue et de la chambre d’hôpital, l’illusion est presque parfaite.

Et puis, après une critique de Millenium et des banalités sur la météo, vous murmurez ces mots: j’aimerais savoir ce qui va arriver. C’est trop long. Et je me rends compte que mes couleurs, mes livres et mes sourires ne sont que poudre aux yeux. Comme ce concert de musique dans la chambre d’à côté, ou cette vue de la pièce du fond, la « meilleure de Montréal » pour voir le feu d’artifice.

Comme ces infirmières trop souriantes et l’exclamation de votre petit fils: Oh super, tu as la télé !

Avec ces quelques mots, nous prenons tous conscience de la réalité: nos joues sont un peu trop roses et vos yeux trop plein d’eau. Et détestons tous en silence cette fichue maladie qui a décidé qu’elle aurait le dernier mot.

Une après-midi comme beaucoup d’autres, et pourtant bien différente. C’est le coeur brisé que je vous murmure un aurevoir, alors que tout ce que je voudrais, c’est vous dire à bientôt. Et depuis, j’ai un goût amer  dans la bouche de ne pas avoir su vous dire.

À bientôt Edith, vous allez me manquer.

——————–
Crédit photo: rhododendron from john curley on FlickR

Vous aimez ce billet ? Dites-le !
Sur Facebook
Sur Hellocoton Rendez-vous sur Hellocoton !

11 Commentaires

  1. Je n’ai pas tout compris … C’est à qui que tu dis « adieu » ?

  2. Les au-revoir sont tellement difficiles à faire. Mais pouvoir les faire dans un contexte de douceur et même de gaieté un peu feinte, c’est quelque chose de très précieux. En tout cas merci pour ton très beau texte

  3. Quitter quelqu’un dans sa chambre d’hopitâl en espérant ne l’avoir pas vu pour la dernière fois. Chasser ces images tristes et ne laisser dans sa tête que les plus beaux souvenirs… Pourquoi la vie est-elle si souvent si mal faite.

  4. Tu as réussit à me faire monter les larmes aux yeux…. Toujours difficile de laisser partir quelqu’un.

  5. C’est très beau et très juste, tout ça. Et ne t’inquiète pas, je pense qu’elle a su le lire derrière tes joues roses…

  6. C’est touchant.
    Face à la mort, je deviens une ombre, je n’ai aucunement le courage de l’affronter. Rien que pour l’avoir fait, je te trouve courageuse.
    Je suis un peu sans voix là…

  7. C’est un post tres beau, on sent ton émotion.
    Je pense a toi, vraiment.

  8. La vie est décidément très dure :’(…
    Les petites touches de couleur sont tout de même les bienvenues.
    Ce joli texte est un bel hommage. Je pense à toi (c’est ça la magie du net, on va à l’essentiel ;) ).

    Bises

  9. @toutes: Merci pour vos gentils mots. C’est fou comme mettre des mots sur des sentiments peut être libérateur parfois. Que vous ayez lu et apprécié ne fait qu’ajouter à l’apaisement. Des bises.

  10. C’est beau ce que tu ecris …

Réponse