{Sans titre}
Comme le temps me semble long. Je ne sais plus si m’enfuir était une bonne idée.
En fait, je n’ai plus aucune certitude. Je suis là, dans cette grande maison, à porter mon corps si lourd. Le quotidien me fatigue, je n’ai goût à rien. J’essaie de faire les choses qui d’habitude m’enchantent, mais le marché du village me semble vide d’odeurs et le soleil me semble froid comme en hiver, bien que nous soyons en Août. Impossible de lire, les mots défilent devant mes yeux sans aucun sens. Je passe mes après-midi au bord de la piscine, à fuir mes souvenirs, dans un demi sommeil, espérant me réveiller de ce cauchemar, revenir en arrière, avant l’accident.
Ce midi, j’ai fait la cuisine, dans un rare moment de courage. Pourtant, je n’ai pu me résigner à manger tant les larmes coulaient sur mes joues. A l’heure où je t’écris, la casserole est encore sur le feu, la cuisine en désordre. Comme un vague souvenir d’une autre personne qui aimait cuisiner, loin de ce fantôme qui me hante depuis que je suis arrivée à la villa.
Par moment, je pense à faire des choses stupides pour me sentir vivre de nouveau, acheter des cigarettes et fumer jusqu’à m’en écœurer. Vider la bouteille de rhum du salon en chantant à tue-tête, comme au bon vieux temps. Me laisser couler dans l’eau verdâtre de la piscine et oublier. Mais je suis trop rationnelle pour ça: détruire pour reconstruire, je sais très bien que ça ne fonctionne pas.
J’écris cette lettre car ça me donne l’illusion d’avancer. Comme les sept autres que j’ai écrites, je ne la posterai sûrement pas. Comme tous les jours, quand tu m’appelleras pour t’assurer que je ne sombre pas, je te dirai que tout va bien. Dans un effort surhumain, je te raconterai comme je me sens de mieux en mieux et j’inventerai avec le sourire le programme d’une journée bien remplie.
Je sais que viendra un jour où je me sentirai mieux. Je le sais, mon instinct de survie est plus fort que toute cette peine, je suis forte et je vaincrai le sable mouvant qui m’attire vers le fond. Je reconstruirai ma maison brique par brique, en utilisant le peu de courage dont je dispose et j’apprendrai à vivre avec son absence.
Sauf que quand il est mort, j’ai perdu l’espoir. Et la question qui me hante, c’est est-ce que ça se reconstruit, l’espoir ?
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Ce texte est ma participation aux quatrièmes Jeux d’écriture. Retrouvez toutes les participations sur le blog à 1000 mains..













Un bien joli texte même s’il est teinté de mélancolie.
L’inspiration m’est venue dans un moment un peu sombre, c’est pour ça…
je crois que j’aime vraiment beaucoup quand tu écris comme ça. vraiment!
Merci
C’est très beau et ça sonne très juste en plus…
Je suis en train de mettre ton texte en ligne. Merci pour ta participation !
Ben comme Camille, j’aime quand tu écris comme ça. Ce texte me touche encore plus particulièrement que le précédent…
Ce texte est très touchant.
Vraiment très touchant.
un beau et mélancolique texte…spleen memories
Très joli texte, viens voir les miens :
http://alamodedegitte.over-blog.com/
On peut encore participer au concours?
C’est vraiment magnifique !